Serge Humpich était invité sur le plateau de l'émission "De quel droit ?" du 14/12/1999 à 20h50 sur M6 consacrée aux contrefaçons

Voici la retranscription du sujet sur l'affaire :

M6 : Le 9 septembre 1998, un ingénieur informaticien de 36 ans est arrêté chez lui et placé en garde à vue. Son délit : il prétend avoir trouvé la faille dans le système de sécurité de la carte bleue.
Avec la carte qu'il a fabriqué, il aurait la possibilité de tirer de l'argent dans des terminaux et d'effectuer des achats dans n'importe quel magasin. Il tente alors de proposer ses services au groupement de la carte bleue. En réponse, on le place sous écoute et il est aujourd'hui mis en examen.
Serge Humpich, bonsoir.

Serge Humpich : bonsoir

M6 : Cet informaticien qui aurait trouvé la faille, c'est vous. Vous, risquez quoi aujourd'hui ?

Serge Humpich : ben j'attend un procès. Un procès dont j'espère qu'il y aura justice.

M6 : Vous savez ce que vous risquez : c'est à dire 7 ans de prison, 5 millions de francs d'amende.

Serge Humpich : je pense que ce sont des peines qui sont prévues pour des gens qui ont fait de grosses affaires avec des faux.
Alors que moi, j'ai simplement fait une petite démonstrastion dont personne n'a eu de préjudices et qui visait essentiellement à montrer qu'un système que l'on croyait sûr et qui doit être sûr au point de niveau national ne l'était pas.

M6 : Alors justement on va revenir un petit peu sur l'affaire : vous créez une carte et vous proposez au groupement d'intérêt économique de la carte bleue d'utiliser cette carte pour leur démontrer que vous avez trouvé une faille. C'est cela ?

Serge Humpich : Je veux juste un petit peu remettre en place

M6 : Allez y.

Serge Humpich : Je n'ai pas créé d'emblée une carte, j'ai pris contact avec eux. Des contacts industriels tout à fait banals en leur disant "Votre système semble avoir de sérieux problèmes, on vous propose quelquechose pour que cela soit plus solide". Et eux, absolument persuadés que leur système était infaillible n'ont rien voulu savoir. Pas une seconde ils ne semblaient avoir pensé que j'ai pu avoir trouvé quelquechose

M6 : Alors vous faites quoi à ce moment là ?

Serge Humpich : Je fabrique quelques cartes, qui ne sont pas des imitations de cartes bancaires, qui sont des cartes qui restent blanches, qui ont simplement la forme qu'il faut pour pouvoir rentrer dans une machine et puis quelques contacts pour faire le contact de la puce tout simplement.
Je vais dans un distributeur de tickets de métro, à des heures de pointe, sur des machines différentes dans des stations différentes pour faire de vraies démonstrations sans que je puisse connaître les gens qui maintiennent ces appareils.

M6 : Vous êtes en train de me dire que vous avez une carte qui vous donne la possibilité de tirer de l'argent ?

Serge Humpich : tirer de l'argent dans certains distributeurs.

M6 : acheter n'importe quoi dans n'importe quel magasin avec cette carte ?

Serge Humpich : oui sauf que la mienne est restée blanche, bien sûr, il suffirait de l'imprimer. Parait il que ce n'est pas très compliqué.

M6 : d'accord, le code secret ?

Serge Humpich : aucune importance, vous tapez ce que vous voulez. Cela ne protège pas vraiment la carte bleue à puce.

M6 : on va écouter l'avis parce ce débat il est quand même contradictoire, l'avis du groupe d'intérêt économique de la carte bleue, on écoute Hervé de Lacotte qui donne lui son point de vue.

Hervé de Lacotte (GIE CB) : avoir découvert, il y a 2 ou 3 ans, une faille ou une faille potentielle dans un système, ne veut pas dire d'une part qu'elle est généralisable à l'ensemble du système, vous vous en doutez bien, ni que ce qui était valable il y a 2 ans est encore valable aujourd'hui. L'année dernière, le taux de fraude constaté en France était de 0,018%. en soi, cela ne veut pas dire grand chose, 2 évolutions qui sont symptomatiques : c'est un taux de fraude qui a été divisé par 10 en 10 ans, cela c'est clairement grâce à la carte à puce et c'est un taux de fraude 5 fois plus faible que celui constaté aux Etats-Unis où les cartes ne sont équipées que d'une simple piste magnétique. Une sécurité à 100% n'existe pas ou elle existerait à un coût qui serait insupportable pour tout le monde. Aujourd'hui avec la carte bancaire telle qu'elle existe actuellement en France, les consommateurs, les commerçants disposent du moyen de paiement le plus sûr qui puisse exister.

M6 : le moyen de paiement le plus sûr qui puisse exister, vous êtes d'accord ?

Serge Humpich : Le principe de mettre une puce sur carte reste un bon principe. La manière dont ils ont utilisé le composant électronique sur la carte, c'est complètement obsolète. Et je fais une proposition publique très simple : Puisque je n'ai rien trouvé, puisque ce que j'ai trouvé, serait obsolète, accepteraient ils, à ce moment là, que je dise à tout le monde ce que j'ai découvert.

M6 : le jugement, c'est quand ?

Serge Humpich : Le procès aura lieu le 21 janvier.

M6 : Eh bien dans "de quel droit" en tout cas on donnera de vos nouvelles, on expliquera un petit peu ce qui s'est passé et on donnera le résultat du jugement.
Merci beaucoup Serge Humpich.